Des extraits d'une interview tirée du magazine Tsugi (le numéro 2 est en kiosque pour 5 € !). Pour la petite info avant de lire l'interview, sachez que Tsugi est réalisé par d'ancien journaliste de feu l'excellent Trax qui a été récemment racheté par Technikart...

Daft Punk & Justice together around the world

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Pourquoi un live de ce concert à Paris ? (on parle du très très bon Alive des Daft Punk)
Thomas Bangalter (Daft Punk) : On a toujours envisagé de sortir un enregistrement de cette tournée comme nous l'avions fait lors de la précédente il y a dix ans (...). On s'est aperçu que le concert de Paris, tant sur le plan du spectacle, de la musique que du symbole, était plus important que tout autre.

Pourquoi ne pas sortir un DVD, vous qui avez été pionniers en la matière ?
T. : (...) il y a dix ans, nous étions parmi les premiers à explorer les possibilités du DVD et de l'enregistrement de concert en multicaméras. On ne voit pas ce qu'on pourrait faire de neuf avec ce support. (...)

Aujourd'hui, la discographie des Daft Punk comporte plus de lives, de compilations, de remixes que d'albums originaux. Cela ne vous dérange pas ?
T. : (pause) Un album, aujourd'hui, est-ce encore légitime ? N'est-ce pas obsolète dans un processus de création musicale ? On peut faire des choses nouvelles sous d'autres formes. Ce live est aussi l'occasion d'unir nos trois albums, de les connecter. (...) Nous avons toujours voulu nous inscrire dans une démarche bien plus large que celle de musiciens enchaînant mécaniquement albums et tournées. Il est plus important pour nous de penser avoir participé à l'évolution du monde de la musique, ou en tout cas d'avoir essayé (...) Aujourd'hui, j'ai l'impression que tout le monde réalise enfin que ce qui a d'abord été perçu comme du marketing est en réalité partie intégrante de notre création.

Et un nouvel album original, est-ce envisageable rapidement ?
T. : Oui, même si on se pose de sérieuses questions sur la pertinence du format album. Le désir de musique est toujours fortement présent chez nous, mais je ne sais pas encore la manière dont il va s'exprimer dans le futur. On a connu une époque où la musique électronique n'était pas encore totalement codifiée (...) Produire de bons morceaux basés sur des codes déjà existants, oui, mais inventer j'en suis moins sûr.

En parlant d'innovation et de retraitement, que pensez-vous du travail de Kanye West ?
Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft punk) : Il a réussi à faire quelque chose de très bien. Il est vraiment allé dans le même sens que nous. C'est sans doute le remix, la citation de notre travail, qui nous a séduits le plus. On l'a rencontré depuis et il nous a avoué qu'il était très soucieux de connaître notre avis.

Thomas, Guy-Maunel, avec l'arrivée de groupes comme Justice ou Digitalism, qui se réclament de vous ou disent avoir découvert la musique grâce à vous, ne ressentez-vous pas comme un coup de vieux ?
T. : Rencontrer des gens de 18 ans qui ont écouté nos premiers singles quand ils en avaient 6, l'âge de mon fils aujourd'hui, c'est clair ça nous rajeunit pas. (...) Aujourd'hui, il y a une vraie énergie dans les clubs avec des artistes qui sont en phase avec les jeunes. On ressent quelque chose de positif et d'optimiste.. (...) Il est moins facile pour eux d'inventer que nous il y a quinze ans. (...)

Justice, les Daft punk sont-ils des modèles pour vous ?
Xavier (Justice) : Des modèles non, une influence oui. On essaie de ne pas suivre de modèle et de créer notre propre histoire.

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Le retour de la French touch, vous y croyez ?
T. : Sans doute y a-t-il des étiquettes qui vont et qui viennent. Tant mieux si la french touch a de nouveau le vent en poupe. Si la franch touch revient aujourd'hui, je souhaite à Justice de durer plus longtemps qu'une mode qui finira par s'estomper dans trois ou quatre ans comme toutes les autres.
X. : Il y a manifestement une ébullition en France aujourd'hui, mais ile st difficile pour nous d'en témoigner, car on connaît finalement mal l'histoire de l'électro. Quand nous découvrons a postériori les disques sortis entre 2001 et 2005, nous sommes frappés par leur qualité.

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Comme les Daft punk, vous avez aussi un son plus fédérateur que d'autres...
X. : C'est vrai que les gens qui écoutent notre musique ne sont pas des puristes ou des érudits de la techno. Ils n'ont pas ce côté militant de l'électronique du public des années 90. On a conscience de ne pas évoluer dans le même contexte que les Daft punk et de ne pas proposer une révolution musicale. La musique électronique est entrée dans les moeurs. (...)

Il arrive à Justice ce qui est arrivé à Daft punk à la sortie d'Around the world, il y a presque quinze ans. Quel conseil leur donneriez-vous ?
T. : Rester concentré sur le processus artistique. (...)
X. : On joue plus le jeu de la promotion et de l'exposition que vous, mais ce n'est pas plus naturel pour nous que pour vous. (...)
G. : On entre également dans une période où on n'a plus envie de se protéger face aux demandes des médias et du public. On ment de plus en plus dans les interviews. On raconte n'importe quoi aux journalistes qui nous questionnent à la chaîne entre deux people. De toute façon, je crois que la vérité n'intéresse pas vraiment le public. (...)

Vous partagez le même manager, Pedro Winter, dites-nous à quoi il sert ?
T. : Nous avons le même manager mais pas la même histoire avec lui. ni la même relation. Pedro Winter n'était pas manager quand nous l'avons rencontré, et nous pas encore vraiment musiciens. On a appris ensemble. Dans notre esprit en tout cas, un manager ce n'est pas un impresario.
X. et G. : Aujourd'hui, on profite de l'expérience de Pedro Winter mais jamais il n'essaie de reproduire avec nous ce qu'il a fait avec les Daft punk.

(...)
Dernière question : lequel d'entre vous n'aime pas la raclette ?
X. : En tout cas, nous avons arrêté d'en manger depuis la fameuse soirée où nous avons rencontré Pedro.

Texte : Patrice BARDOT et Alexis BERNIER

Pour avoir l'interview complète, rendez-vous chez votre marchand de journaux pour acheter Tsugi. Un CD de 10 titres accompagne le magazine avec - entre autre - une version remixée de DVNO de Justice