... l'achat d'un lit , de nos jours, présente effectivement des difficultés considérables, et il y a bien de quoi vous mener au suicide. D'abord il faut prévoir la livraison, et donc en général prendre une demi-journée de congés avec tous les problèmes que ça pose. Parfois les livreurs ne viennent pas, ou bine ils ne réussissent pas à transporter le lit dans l'escalier, et on est quitte pour demander une demi-journée de congé supplémentaire. (...) Mais le lit, entre tous les meubles, pose un problème spécialement, éminemment douloureux. Si l'on veut garder la considération du vendeur on est obligé d'acheter un lit à deux places, qu'on en ait ou non l'utilité, qu'on ait ou non la place de le mettre. Acheter un lit à une place c'est avouer publiquement qu'on n'a pas de vie sexuelle, et qu'on n'envisage pas d'en avoir dans un avenir rapproché ni même lointain (car les lits durent longtemps de nos jours, bien au-delà de la période de garantie ; c'est une affaire de cinq ou dix, voire vingt ans ; c'est un investissement sérieux, qui vous engage pratiquement pour le restant de vos jours ; les lits durent en moyenne bien plus longtemps que les mariages, on ne le sait que trop bien).

Extension du domaine de la lutte nous vomit au visage une critique de notre société libérale. Lutte ultime entre le besoin matériel et la compétition sexuelle ; le tout bercé sur le rythme de la dépression. Le narrateur est, comme dans de nombreuses oeuvres de Houellebecq, dénué de tout espoir, voit l'avenir, et même le présent, noir. Une lecture simple et absolument indispensable.