Il faut couper court à certaines idées. Je commence un peu à en avoir marre d'entendre dire dans les médias que les médias - eux-même donc - ont moins de liberté qu'avant à cause des rapprochements entre les actionnaires / milieu de la finance et des grands groupes et la politique. Comme quoi Sarkozy serait oligarque des médias (Source : Le monde diplomatique), qu'il ferait peur aux médias (Source : Le monde) et même à une partie de la France. Oui, c'est vrai, des articles ont été censurés mis à l'écart pour différentes raisons. Mais cela existe depuis très longtemps dans les médias, que ce soit en presse écrite qu'en télé ou en radio.
Sarkozy a certes des amitiés entretenues avec des hommes d'affaires présents dans les médias comme Arnaud Lagardère, dirigeant du groupe du même nom (Elle, Paris Match, Journal du dimanche, Europe 1...), Serge Dassault, propriétaire du Figaro, Alain Minc, ex-président du conseil de surveillance du Monde, Martin Bouygues, propriétaire de TF1, Vincent Bolloré (Matin plus, Direct 8...), ou Bernard Arnault, propriétaire de La Tribune (bientôt les échos ?). Sarkozy a certes fait censuré un livre sur Cécilia ou des informations qui auraient dû paraître dans différents journaux. Mais cela existe depuis longtemps...
Pour exemple, il ne faut pas oublier qu’en 1946, de Gaulle, appuyé par les Communistes, fut l’homme des nationalisations, outils indispensables à sa volonté de puissance (censure de l’information, main mise sur tous les ressorts de l’État et de l’économie).
Et Coluche ?
- Novembre 1980. A quelques jours d'une intervention de Coluche sur Radio7, le directeur de Radio-France demande au directeur d'antenne de cette station d'annuler purement et simplement la diffusion de l'émission concernée. Scandalisé, le directeur de Radio7 démissionne.
- 14 Décembre 1980. Le JDD publie le sondage où Coluche est crédité de 16 % d'intentions de votes. C'est l'événement du jour. Ce soir là, au journal de 20 heures, et sur les trois chaînes de télévision, c'est la visite du Premier Ministre québécois qui fait l'ouverture. Pas un mot sur Coluche.
- Décembre 1980. Le Collaro-Show est l'émission comique la plus populaire en France. Stéphane Collaro invite Coluche pour lui offrir "un espace de liberté". Celui-ci en profite pour concocter un sketch sur un conseil des Ministres (avec à sa tête un Président porté sur la bouteille) où il n'hésite pas à régler ses comptes avec Valéry Giscard D'Estaing. En haut lieu, on ne supporte pas. Quelques heures avant la diffusion de l'émission, la direction d'Antenne 2 appelle Stéphane Collaro pour lui dire que l'émission ne doit pas comporter le sketch de Coluche. Fou de rage, Collaro déclare à son supérieur : "Si vous ne passez pas le sketch de Coluche, il n'y a pas d'émission..." La réponse de la direction ne se fait pas attendre : "Mais Monsieur il n'y a pas de problème, il n'y a pas d'émission !"
Autre exemple sous Chirac : Face au "non" au traité constitutionnel européen, l'Elysée a diffusé cette information "Rien sur la Turquie avant le 29 mai." France 2 a dû renoncer à un magazine sur la Turquie programmé pour l'émission "un oeil sur la planète"...
Et ce n'est qu'un tout petit aperçu de ce monde des médias qui se dit prêt à tout dénoncer mais qui reste en quête d'audimat et de ventes !
Pour avancer un peu sur la question, j'ai lu durant mes 10 jours à Ramatuelle le livre Comprendre les médias de Mireille Thibault qui nous explique à qui appartiennent les médias, qui contrôle de manière officielle leur contenu et comment tout cela est financé. Un livre vraiment très intéressant qui permet de faire un tour d'horizon très rapide des médias. Peut-être à mettre à jour malgré tout ! Comprendre les médias date tout de même de 2005.
Pour aller un peu plus loin dans la réflexion, je vous conseille aussi la lecture de l'ouvrage Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi - à ne pas confondre avec cette horde féministe qu'est les chiennes de garde. Vous apprendrez que déjà en 1997 Michel Field, Claire Chazal, Alain Duhamel, Jean-Marie Cavada ou PPDA avaient la même révérence devant leur patron, les grands groupes tels Bouygues, Havas ou Matra-Hachette, la même révérence devant l'argent et le pouvoir politico-industriel, les mêmes pratiques...
Maintenir à distance certains sujets pour mieux en matraquer d'autres, désinformer, moins par volonté de manipuler que par paresse et par reddition devant l'idéologie néolibérale dominante. La collusion entre les intérêts des propriétaires de la presse française, d'info-marchandise, de renvois d'ascenseurs et flagorneries de courtisans. "Des médias de plus en plus présents, des journalistes de plus en plus dociles, une information de plus en plus médiocre", belle sentence de Serge Halimi.
Il reste cependant vrai que la concentration de tous les médias dans quelques grands groupes et l'accumulation des censures doivent alerter les autorités de régulation afin que la parole médiatique ne soit pas une "mono-pensée"...