"Aujourd’hui, en Chine, si vous n’avez pas d’argent, vous n’avez pas accès aux soins", dévoile Odilon Couzin, le directeur d’Infosida en Chine, un groupe basé à Hong Kong. "Par ailleurs, continue-t-il, plusieurs personnes solvables sont devenues victimes de traitements et de tests inutiles. Le programme de lutte contre le sida, qui est censé fournir des traitements gratuits, est contourné pour dégager des bénéfices". L’épidémie du sida est devenue une source de profit pour les hôpitaux chinois. Dans plusieurs régions, les médecins préfèrent prescrire des médicaments coûteux au lieu de délivrer des soins gratuits. Plus de la moitié des dépenses de santé en Chine sont absorbées par l’achat de médicaments alors que, dans les pays développés, ce chiffre est de l’ordre de 15 %, selon la Banque mondiale. Une étude réalisée récemment par l’Etat dénonce la réduction de plus de moitié de la part des autorités centrales dans les dépenses de santé entre 1980 et 2004. Un passage de 36 % à 17 % en faveur des privatisations.
Selon les chiffres officiels du ministère de la santé, à la fin juillet 2005, on enregistrait 126 808 personnes séropositives. Le chiffre réel s’approcherait plus des 840 000, rapporte le China Daily. Pour maintenir le nombre de personnes infectées au-dessous de 1,5 million d’ici à 2010, la Chine va lancer un programme national de prévention qui comprend la formation de 500 000 personnes en complément de la campagne d’information en cours. Selon ONUSIDA, la Chine comptera plutôt dans les 10 millions de contaminés. Malgré les efforts de transparence, l’Etat chinois a encore beaucoup de mal à lever le voile sur ces catastrophes nationales.
Il existe des villages du sida en Chine. Dans la province du Henan, au centre de la Chine, tous les habitants d’un village ont contracté la maladie du sida, de l’hépatite B et C, après avoir vendu leur sang. La contamination a été provoquée par un manque d’hygiène. Les instruments n’étaient pas stérilisés entre chaque "client" et les aiguilles réutilisées. Les pratiques crapuleuses de ces banques de sang, officielles ou non, ont été dénoncées durant les années 1990. Il aura fallu dix ans, en 1998, pour que les autorités chinoises interdisent la vente du sang.
Pour en savoir plus sur les contaminations dans le Henan, vous pouvez lire mon article Partout dans le monde, le sang sauve des vies. En Chine, il tue les donneurs.
Le sang de la Chine de Pierre Haski, aux éditions Grasset. 234 pages, 18 euros. Photos de Bertrand Meunier.